Jardiner dans un
monde en mutation
5. Les abeilles et bourdons
(Les habitants 4)
préparé par Sylvie Machabée
Les Vivaces de l'Isle (vivaces.net)
Version 1.2, mai 2018
© Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Abeilles et bourdons Page 1
©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Bien que certaines plantes dépendent d'organismes
particuliers pour leur pollinisation, les pollinisateurs les
plus efficaces pour la plupart des plantes, sont
définitivement les abeilles. C'est beaucoup grâce à la
présence de pièces buccales spécialisées, de poils, et de
structures qui servent au transport du pollen.
Avec la production alimentaire qui dépend largement de la
pollinisation, le déclin des pollinisateurs est inquiétant.
Celui des abeilles à miel (d'origine étrangère) est très
préoccupant. Heureusement, il y a aussi les abeilles
indigènes, qui sont souvent des pollinisateurs hors pair.
Mais leurs populations sont également menacées par les
pesticides, la perte des habitats et le manque de nourriture
(fleurs) tout au long de leur saison d'activité. Avec les
terres agricoles traitées aux herbicides, les terrains
résidentiels aménagés principalement de pelouses et les
fossés maintenant remplis de phragmites, les ressources en
fleurs sont limitées. Les abeilles ont besoin qu'on s'en
soucie. C'est tout l'environnement qui dépend d'elles.
A - Tête d'abeille agrandie
À noter, les courtes mandibules en truelle qui servent au
façonnage de la cire et de la propolis, ainsi qu'à d'autres
travaux.
À noter aussi le long proboscis (trompe formée de
nombreuses pièces) avec la langue velue qui sert à
la récolte du nectar et du pollen des fleurs.
La longueur de la langue détermine en grande partie, les
fleurs que l'abeille pourra butiner.
B - Pièces buccales d'une abeille à longue langue
A B
Les pollinisateurs
Abeilles et bourdons Page 2
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Chez les angiospermes (plantes à fleurs), apparus il y
a environ 150 millions d'années, les organes
reproducteurs sont regroupés dans une fleur. Les
ovules sont contenus dans un ovaire qui se
développera en fruit lorsque les ovules seront
fécondés par les grains de pollen. Les ovules fécondés
deviendront des graines constituées d'un embryon et
d'un albumen nourricier.
Parfois, sur un même plant, il y a des fleurs mâles et des
fleurs femelles. Les fleurs mâles ont des étamines avec
du pollen (qui correspond aux spermatozoïdes de la
plante) et les fleurs femelles, un ou des pistils
contenant ovaires et ovules.
Le plus souvent, les fleurs sont hermaphrodites, les
parties mâles et femelles sont présentes dans la même
fleurs. Dans 50 % des cas, les plantes peuvent
s'autoféconder mais la méthode est moins efficace en
nombre et en qualité, que la pollinisation croisée.
Les plantes utilisent plusieurs stratégies pour éviter
l'autopollinisation. Elles peuvent en être génétique-
ment incapables, ou simplement le développement des
étamines et des pistils est décalé dans le temps.
Parfois, les fleurs mâles et femelles sont sur des plants
différents.
Le vent est un vecteur de dispersion du pollen, mais il
demande de grande quantité de pollen et est peu
précis, donc peu efficace. La majorité des plantes (75%)
utilisent plutôt les insectes pour transporter leur pollen.
Le pollen produit pour la dispersion par les insectes a
une valeur nutritive beaucoup plus grande que celle du
pollen dispersé par le vent. Il peut contenir jusqu'à 65 %
de protéines.
Parfums, couleurs, offrandes, les plantes ne ménagent
pas leurs efforts pour attirer leurs pollinisateurs.
Anatomie simplifiée d'une fleur
Domaine public
Le nectar est un liquide sucré qui
sert à attirer les insectes. Il est
produit par des glandes appelées
nectaires. Il est offert par la plante
aux pollinisateurs qui s'en nour-
rissent et transportent ainsi du
pollen vers la partie femelle
d'autres fleurs, permettant la
fécondation et la formation des
embryons, sous forme de graines.
La reproduction par les fleurs
Abeilles et bourdons Page 3
Le pollen est une source indispensable
de protéines pour les abeilles et bien
d'autres butineurs. Les protéines sont
essentielles à la formation des tissus vivants
et à la régulation des mécanismes vitaux
(enzymes, hormones ... ). La teneur en
protéines du pollen (contitué de différents
acides aminés) est variable ( de 2 à 65%). Il
contient aussi différents lipides et sucres,
des vitamines et des minéraux. Pour éviter
les carences, une diversité alimentaire est
nécessaire à la santé et au fonctionnement
des butineurs.
Le nectar est surtout riche en sucres. Il
contient aussi une certaine quantité
d'acides aminés, de protéines, de lipides,
certaines bactéries, parfois même des
narcotiques, tout ce qu'il faut pour attirer
les insectes souhaités. Il est produit dans
des nectaires au fond des pétales, et parfois
à d'autres endroits sur une plante. Il est une
source d'énergie essentielle pour de
nombreux animaux.
Le nectar est l'ingrédient de base du miel.
Nectar et pollen composent le pain
d'abeille, la ressource nutritive préparée par
les abeilles pour leurs larves. Le nectar est
la source principale d'énergie pour les
guêpes adultes qui sont les insectes
bénéfiques par excellence.
Le rôle des fleurs ne se limite pas à assurer
la reproduction des plantes. Les fleurs sont
essentielles pour nombre d'insectes qui en
dépendent comme source alimentaire pour
eux-même ou leur progéniture. Beaucoup
de ces insectes sont d'une importance
capitale pour les écosystèmes terrestres.
C'est le cas des hyménoptères (guêpes,
abeilles, bourdons et fourmis).
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Abeille buvant du nectar ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Nectar et pollen
Abeilles et bourdons Page 4
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Guêpe apoïde de la sous-famille des crabroninés
Osmia cornuta - Osmie cornue - ...de l'oeuf au cocon...
Gracieuseté de ©Entomart
Le développement des hyménoptères passe par un
processus de métamorphose complète (œuf, larve,
pupe et adulte) qui dure généralement une année.
Ordre des hyménoptères (suite)
Les apoïdes (superfamille)
(guêpes apoïdes et abeilles)
les abeilles
La façon de faire des nids sousterrains pour leurs larves est
similaire chez la plupart des abeilles et des guêpes apoïdes qui
seraient leurs ancètres.
Deux types de nids souterrains
La lignée des abeilles aurait divergée de celle des guêpes lors
de l'expansion des plantes à fleurs, il y a environ 144 millions
d'années. Le nourrissage des larves est passé d'un régime
carnivore à un régime végétarien à base de pollen et de
nectar.
Typiquement, les mâles et femelles émergent au printemps et
s'accouplent. Dès lors, les femelles s'affairent à préparer les
nids qui recevront les œufs. Les nids sont creusés dans le sol
(70%), ou installés dans des tiges creuses ou autres cavités
(30%). Chaque œuf aura son propre compartiment (alvéole),
généralement cloisonné d'une manière spécifique à l'espèce.
Une femelle abeille solitaire peut pondre de 20 à 30 œufs
dans sa vie. C'est elle qui décide du sexe des futures abeilles,
car le sperme est conservé dans un sac (spermathèque) et est
relaché seulement lors des pontes. Les œufs non-fertilisés
seront des mâles.
La femelle travaille à ramasser des provisions, généralement
laissées sous forme de pain d'abeille (mélange de nectar et de
pollen). Elle fournit chaque cellule de provisions et pond un
œuf dessus ou tout près. Les pontes sont terminées avant
l'été. Bientôt, les œufs éclosent et les jeunes larves commen-
cent à se nourrir des provisions fournies. Elles grossissent et
poursuivent leur développement. Elles entrent ensuite en
pupaison, qui les transformera en adultes prêts à émerger à la
saison suivante.
Les ancètres des abeilles
Abeilles et bourdons Page 5
Nos abeilles indigènes ne produisent pas de miel
récoltable. Parmi les 20 000 à 30 000 espèces d'abeilles
du monde, il n'y en a que 7 qui sont des abeilles à miel.
Nous vivons avec les abeilles indigènes, le plus souvent
sans jamais les avoir remarquées. Elles sont presque
toujours solitaires et ne vivent pas en groupe. Leurs
nids (sol ou cavités), qu'elles n'ont pas l'instinct de
défendre, passent inaperçus. Leur présence aux fleurs
est plus facilement visible, pour autant qu'on s'y arrête.
Une photo est bien utile pour fixer le moment et voir à
qui on a affaire.
Les abeilles indigènes, contrairement aux abeilles
domestiques (à miel, d'origine européenne), ne volent
pas à de grandes distances de leurs nids pour se
nourrir. La distance qu'elles parcourent est fonction de
leur taille. La distance du nid pour les plus petites est
de quelques dizaines de mètres. Pour les tailles
moyennes, en général, moins de 200 mètres. Les
bourdons peuvent parcourir près de 500 mètres. C'est
peu par rapport aux abeilles domestiques qui peuvent
parcourir 4 à 5 kilomètres et même plus.
On croit que les abeilles solitaires seraient moins
exposées aux pathogènes qui infestent les ruches. Elles
s'y exposent cependant en côtoyant les abeilles
domestiques aux fleurs. L'élevage intensif et la
circulation à grande échelle d'abeilles et bourdons
favorisent l'émergence et la diffusion de nombreux
problèmes de santé pour les abeilles.
Les abeilles indigènes sont sérieusement affectées par
les problèmes environnementaux (pesticides, perte
d'habitats, réchauffement climatique, disparition de la
biodiversité …), différemment selon leurs particularités.
Ce sont les abeilles spécialisées, qui ne butinent qu'une
espèce ou un genre de plantes, qui seraient les plus
menacées par des changements de la flore locale. Les
changements climatiques pourraient en mener
plusieurs à l'extinction.
Les abeilles appartiennent à la superfamille des
Apoïdes. Les principales familles sont :
les colletidés
les andrenidés
les hallictidés
les mégachilidés
les apidés (famille des abeilles domestiques)
dont voici quelques-unes
Mini abeille sur feuile d'hémérocalle ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Une abeille indigène ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Les abeilles indigènes
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Colletes sortant du nid, © Rob Cruickshank, (CC BY 2.0), via Flickr
Colletes inæqualis, femelle,
(CC BY 2.0), via Wikimdia Commons
© USGS Native Bee Inventory and Monitoring Laboratory
Les apoïdes (superfamille), parmi eux les
colletidés, andrenidés, hallictidés,
mégachilidés, apidés
Les colletidés (famille), dont
. les collètes (genre)
La majorité des collètes ne sont pas des spécialistes.
L'une d'elle, Colletes inæqualis, est un important
pollinisateur des pommiers et bleuetiers. Les collètes
nichent dans le sol. Les anglophones les surnomment
"cellophane bee" ou "polyester bee" parce qu'elles
tapissent les parois de leurs nids d'une sécrétion qui
ressemble à du cellophage, et qui sert à imperméa-
biliser les cellules et à protéger les larves des infections.
La plupart sont actives en début de saison.
Traits généraux:
thorax et tête moyennement poilus
-
poils sur toute la tête
-
antennes longues chez le mâle
-
bandes de poils pâles sur l'abdomen
-
face en cœur (yeux qui convergent vers le bas)
-
Colletes inæqualis, © Rob Cruickshank, licence (CC BY 2.0), via Flickr
Colletidés : collètes
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© Sylvie. Machabée (vivaces.net)
© Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Les colletidés (famille), dont
. les hylaeus (abeilles masquées)
Traits généraux:
petite, avec une allure de guêpe
-
corps lustré et peu poilu. Les poils sont mats,
tandis qu'ils sont plus lustrés chez les guêpes.
-
pas de structure pour la collecte de pollen
-
marques jaunes ou parfois crème à l'avant de la
tête (masque) et sur les pattes et le thorax
-
masque plus petit pour la femelle
-
Les abeilles masquées sont de toutes petites abeilles
qui ressemblent à des guêpes. Elles ont besoin de
plantes au nectar facilement accessible.
Elles nichent dans des tiges creuses, dont celles des
framboisiers, ou dans de petites cavités.
Comme il n'y a pas de structure pour la collecte du
pollen, le transport s'effectue dans le jabot avec le
nectar. Le mélange sera régurgité dans les cellules. Il
est passablement liquide d'où l'importance des
sécrétions imperméabilisantes ( "cellophane") dont
elles enduisent les parois.
Hylaeus émergeant, © Rob Cruickshank, (CC BY 2.0), via Flickr
Colletidés : hylaeus (abeilles masquées)
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Mâle © Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Femelle © Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Femelle © Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Les andrenidés (famille), principalement
. les andrènes (genre) "mining bee"
Toutes les andrènes nichent dans le sol, généralement seules,
plus rarement en petites agrégations. La majorité sont
printanières et pollinisent plusieurs plantes indigènes. On y
trouve des spécialistes, mais la plupart sont généralistes.
Malgré leur langue courte, elles peuvent polliniser de nom-
breuses cultures. Elles sont abondantes, particulièrement au
printemps lors de la floraison des pommiers, mais aussi à
l'automne.
Les andrènes, comme les bourdons, sont capables de "buzz-
pollinisation", une technique qui consiste à faire vibrer la fleur
pour en faire tomber le pollen. Cette méthode augmente la
récolte et la dispersion du pollen.
Traits généraux:
femelle avec thorax et tête couvert de poils dorés,
orange, blancs ou gris
-
mâle avec une moustache dense
-
pollen sur le fémur, tibia et côté de l'abdomen
-
femelle avec tranchées (foveae) remplies de poils entre
les yeux
-
mâle avec une large tête en enclume et de
-
longues antennes
Femelle © Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Mâle © Sylvie Machabée
Andrenidés : andrènes
Abeilles et bourdons Page 9
Agapostemeon mâle © Sylvie. Machabée (vivaces.net)
© Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Agapostemeon viridescens femelle, © Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Les hallictidés ("sweat bee"). Parmi les genres :
. les Agapostemons . les Augochlora
. les Augochlorella . les Sphecodes
Ces halictidés sont plus souvent présentes de mi-été à
la fin de l'automne. Elles butinent une grande variété
de plantes.
Traits généraux Agapostemons:
mâles avec tête et thorax vert brillant et
abdomen noir à bandes jaunes, pattes jaunes et
antennes brunes.
-
femelles avec te, thorax et abdomen vert
brillant, sauf pour Agapostemeon viridescens qui
a un abdomen noir avec des bandes blanches.
-
Les Augochlora et Augochlorella sont également vert
métallique. Ces abeilles se ressemblent passablement.
Certains caractères, qui dépassent les intentions de ce
feuillet, permettent de les distinguer.
Agapostemon et Augochorella nichent dans le sol,
tandis que Augochlora construit son nid dans le bois
en décomposition.
La femelle Augochlora préfère nicher en situation
ombragée, dans du bois bois pourri et humide ayant
déjà des cavités qu'elle agrandit pour y construire une
dizaine de cellules cloisonnées avec de la sciure de
bois mélangée à une substance qu'elle sécrète.
Les sphécodes sont des abeilles coucou de la famille
des halictidés. Ils pondent leurs oeufs dans les nids
d'autres abeilles. Leurs larves consomment leurs
hôtes et leurs provisions.
Sphécodes © Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Halictidés
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©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Nid de mégachile,© Nigel Jones, (CC BY-NC-ND 2.0) via Flickr
Mégachile approchant du nid, © Bernhard Plank (SiLencer)
(propre photo (web)), (CC BY-SA 2.5), via Wikimedia Commons
Les mégachilidés (famille), découpeuses de feuilles
. les mégachiles (genre)
Les mégachiles ont la particularité de transporter le
pollen sous leur abdomen.
Leurs habitudes de nidification varient, mais la plupart
ne nichent pas dans le sol.
Certaines ont l'habitude de découper des ronds dans
les feuilles pour en faire des rouleaux qui tapisseront
l'intérieur des nids. Les cellules sont cloisonnées
également avec des ronds de feuilles.
Une espèce européenne introduite Anthidium
manicatum (abeille cotonnière), défend agressivement
"sa plante" de tout autre insecte, mais semble porter
son choix essentiellement sur des plantes d'origine
européenne. Elle fait des boules de laine végétale
qu'elle utilise pour son nid.
Abeille cotonnière © Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Anthidium manicatum
Mégachilidés : mégachiles
Abeilles et bourdons Page 11
Ceratina ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Ceratina ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Nid de Ceratina dans une tige de fenouil,Gideon Pisanty (Gidip), (CC BY 3.0), via Wikimedia Commons
Les Apidés (famille), entre autres
. les ceratina (genre)
. les nomada (genre)
. les bourdons
. les abeilles domestiques
Les Ceratina sont de toutes petites abeilles, au corps
cylindride, vert plus ou moins bleuté, légèrement
métalisé, parfois presque noir. Elles sont abondantes
toutes la saison et butinent de tout.
Elles nichent dans des tiges à cœur mou, qu'elles
creusent pour installer leurs cellules à la queue leu
leu. Elles donnent des soins à leurs larves tout au long
de leur développement. Pour ce faire, elles
décloisonnent et recloisonnent régulièrement.
Elles utilisent spontanément des tiges de plantes
vivaces de l'année précédente. Il suffit de les couper à
environ 40 cm de terre.
Les Nomada sont des abeilles coucou, de la famille
des apidés, qui parasitent surtout les andrènes. Elles
sont plus abondantes au printemps et à l'automne qui
sont les pics de présence des andrènes. Les Nomada
pollinisent mais ne collectent aucun pollen.
Nomada ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Ceratina ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Apidés : Ceratina et Nomada
Abeilles et bourdons Page 12
Solanum sp. montrant les anthères se terminant par des
pores, par Jerry Kirkhart, (CC BY 2.0), via Flickr. Photo recadrée
Pores terminant une anthère de Solanum, par Jim Conrad,
domaine public, via Wikimedia Commons.. Photo recadrée
Pollinisation d'une fleur de tomate, par ajcespedes,
licence (CC0 1.0) domaine public, via Pixabay. Photo recadrée
La pollinisation s'effectue lorsqu'un grain
de pollen est transféré, (souvent par un
pollinisateur) sur le stigmate d'une fleur de
la même espèce. Le pollen absorbe
l'humidité présente à la surface du
stigmate et germe. Le tube pollinique
descend le long du style jusqu'à l'ovaire et
libère deux spermes mâles. L'un ira fécon-
der l'ovule pour produire une graine,
l'autre se développera en endosperme, le
tissu nutritif qui entoure la graine.
Le plus souvent, lorsque le pollen est
mature, les anthères s'ouvrent et le pollen
est libéré passivement.
Domaine public
Chez les abeilles la récolte du pollen est facilitée par la
présence de poils et de structures adaptées, mais aussi
parce que leur corps a une charge électrostatique positive
qui attire le pollen chargé négativement. La diminution de
charge négative d'une fleur qui vient d'être butinée est
perceptible par l'abeille qui va préférer aller vers une
autre fleur.
Chez certaines plantes, les anthères se terminent par des
pores et le pollen doit être libéré activement. Certaines
abeilles, dont les bourdons, ont développé une technique
appelée sonication ("buzz-pollinisation"). La méthode
consiste à s'agripper aux anthères, à détacher les ailes des
muscles du vol, et à faire vibrer ces muscles à haute fré-
quence pour expulser le pollen à l'extérieur des anthères.
Vidéo à voir sur la sonication
Les abeilles connues pour être capables de sonication,
sont les bourdons, les andrènes, les Xylocopa, les
Halictus, Lasioglossum, Augochorella, Augochlora, et les
Agapostemons. L'abeille domestique (à miel) en est
incapable. Parmi les plantes qui doivent à être "buzz-
pollinisées" par des abeilles sauvages, il y a les éricacées
(canneberges, bleuets, …), les solanacées (tomates,
patates, aubergines, …) et certaines légumineuses.
Il n'y a pas que ces plantes qui dépendent des
pollinisateurs. Les arbres fruitiers sont typiquement auto-
incompatibles et dépendent des pollinisateurs. Même
chez les plantes auto-compatibles, la pollinisation croisée
améliore grandement le taux de fécondation, ainsi que la
formation, la grosseur et le rendement des fruits.
Les sources de pollen favorisées par les abeilles se
modifient avec les nutriments recherchés. En automne,
quand il y a moins de plantes disponibles, les abeilles
visitent aussi les flaques d'eau, les bains d'oiseaux et les
tas de compost pour satisfaire leurs besoins en minéraux.
La pollinisation
Abeilles et bourdons Page 13
Bombus impatiens, ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
le bourdon le plus fréquent au Québec
Nid de bourdon, par Alchemilla, (CC0 1.0) via Pixabay
Les Apidés (famille)
. les bourdons (Bombus, genre)
Au Québec, 24 espèces de bourdons ont été répertoriées.
Les bourdons ont un cycle annuel. Les futures reines (gynes)
naissent à l'automne et s'accouplent. Pour environ 2
semaines, elles butinent et retournent coucher à leur nid de
naissance. Elles doivent accumuler les réserves nécessaires
pour hiverner. Puis, à l'arrivée du froid, elles se trouvent un
abri pour l'hiver, souvent sous le sol.
Lorsque les gynes émergent au printemps, on les voit
zigzaguer à la recherche d'un endroit abrité où nidifier. Les
cavités, cabanes, anciens nids de rongeurs, espaces sous les
pierres ou les feuilles, les intéressent. On évitera d'avoir ces
opportunités trop près de passages ou des robinets.
Quand la future reine a trouvé à sa convenance, elle
fabrique un pot de cire* où entreposer du nectar. Le nectar
sert de réserve pour les journées où la température ne
permet pas de butiner. Les réserves suffisent pour quelques
jours. Les bourdons peuvent butiner à des températures
trop froides pour d'autres, parce qu'ils sont capables de se
réchauffer grâce aux vibrations produites par leurs muscles
du vol, les mêmes utilisés pour la "buzz- pollinisation".
Lors de la collecte du pollen, les bourdons brossent le pollen
de leur corps, le mélangent à un peu de nectar, compriment
le tout, et le placent dans le corbicula (une échancrure
hérissée de poils sur le tibia) sur les pattes arrières.
La disponibilité de pollen de fleurs, arbustes et arbres à
floraison printanière est capitale à l'initiation d'un nid par
une future reine. Sa récolte de pollen, sera humidifiée de
nectar et formée en boule. Dessus, elle va pondre des œufs
fertilisés, qui donneront des femelles. La boule est recou-
verte de cire. Les journées trop froides pour butiner, la gyne
se place sur la boule pour incuber les œufs. C'est une
période critique, car les oeufs ne survivent pas sans ce soin.
Après 3 à 5 jours, les œufs éclosent et les larves se
nourrissent de la boule de pollen pour environ 2 semaines.
Elles passent par 5 instars pour grandir, puis entrent en
pupaison pour environ 2 semaines. Devenues adultes, elles
vont approvisionner le nid et assister la reine dans l'élevage
des jeunes. La colonie grandit.
Vers la mi-été, la reine pond des œufs non fertilisés pour obtenir des mâles, ainsi que des œufs fertilisés dont
certaines larves recevront plus de pollen dans le but d'en faire des gynes pour l'année subséquente. Quand les mâles
quittent le nid, ils n'y reviennent plus. Leur rôle est de s'accoupler avec les gynes des autres colonies. Ils dépendent du
nectar qu'ils trouvent pour leur vie qui dure quelques semaines. Toute la colonie va mourir à l'automne. Seules les
gynes vont hiverner, quelque part dans la nature souvent sous le sol, pour tout recommencer à la belle saison suivante.
* La cire est sécrétée par les glandes sous l'abdomen et
expulsée entre les plaques ventrales sous forme de petits
flocons qui seront rassemblés et malaxés, jusqu'à malléable.
Les bourdons (Bombus) 1
Abeilles et bourdons Page 14
Chelone glabra et bourdon
par Peter Gorman, licence (CC BY-NC-ND 2.0), via Flickr
Bombus borealis ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Bombus ternarius ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Guide to Bumble Bees of the Eastern United States - un superbe guide pour identifier les bourdons
Chez les plantes, les métabolites secon-
daires responsables d'effets médicinaux,
sont présents autant dans le nectar et le
pollen que dans les feuilles. Il a été démon-
tré que les bourdons s'automédicamentent
lorsqu'ils sont parasités. Ils choisissent les
plantes à butiner en fonction de leurs
propriétés antiparasitaires.
Cette connaissance des plantes est une
autre démonstration du lien qui existe
entre des organimes qui ont une histoire
évolutive commune. Parmi les plantes à
l'étude, ayant montré des propriétés
médicinales, se trouvaient une nicotine, un
tilleul et le Chelone glabra.
Les bourdons (Bombus) 2
Abeilles et bourdons Page 15
Les Apidés (famille)
. l'abeilles domestiques (à miel)
(Apis mellifera, espèce)
Les abeilles "domestiques" viennent d'Europe. Elles
sont venues avec les colons. Elles vivent en colonies
de 50 à 60 000 milles individus.
L'ouvrière vit 2-3 mois. Elle aura plusieurs tâches qui
l'éloigneront progressivement du centre de la
ruche. D'abord nettoyeuse d'alvéoles, puis nourrice
des petits et de la reine, puis bâtisseuse d'alvéoles,
ventileuse à des âges variables, ensuite receveuse
du pollen collecté par les butineuses ou évaluatrice
de la qualité, et enfin sentinelle à l'entrée de la
ruche. Vers l’âge de trois semaines, elle devient
butineuse à un type de fleurs, de pollen ou de
nectar, développant progressivement son expertise.
5 à 20 % des butineuses deviendront des éclaireuses
à la recherche de nouvelles sources de nourriture.
La danse des abeilles permet aux abeilles butineu-
ses ou exploratrices de transmettre la direction et la
qualité de la source de nourriture trouvée. Elles
butinent jusqu5 km de la ruche pour récolter le
pollen qui sert à nourrir les larves, ainsi que le nec-
tar, qui deviendra du miel, la réserve alimentaire de
la colonie.
Le nectar est transporté dans un renflement de
l'œsophage appelé jabot. Il contient 50 à 70 µl
(µ=1/1000 ml ) et pèse presque leur poids. Cela
prend la vie de 12 abeilles pour faire 1 c. à thé de
miel. Ce faisant, elle participent à la survie des
espèces végétales de la planète.
Les abeilles ont des facultés cognitives étonnantes.
Une étude a démontré qu'elles sont capables de
comprendre des concepts abstraits, comme suivre
des directions indiquées par des symboles "pareils"
ou "pas pareils".
©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Vidéo à voir sur le développement des abeilles
Abeille avec une mite Varroa (CC0) Domaine public
Les populations d'abeilles domestiques subissent de lourdes pertes depuis les dernières décennies. D'abord une
mite (Varroa) d'origine asiatique qui infeste les nids et parasite les abeilles. Cette mite se nourrit de l'hémolymphe et
transmet des maladies. Elle cause de lourdes pertes. Puis, une maladie bactérienne (AFB American fool brood )
incurable, qui demande la destruction des nids. Finalement, ce qu'on appele "le syndrome d'effondrement des
colonies", qui est l'ensemble des phénomènes biologiques qui marquent la disparition massive des colonies
d'abeilles domestiques. Les pesticides (comme les néonicotinoïdes) sont les plus fortement incriminés, mais les
parasites, les virus, les antibiotiques et les fongicides jouent aussi des rôles. La malnutrition, certaines pratiques des
apiculteurs et la sélection génétique causent aussi des problèmes. C'est très inquiétant pour la production
alimentaire.
Abeille à miel (abeille domestique)
Abeilles et bourdons Page 16
Les facteurs nuisant aux abeilles indigènes et les effets de
leurs combinaisons sont particulièrement difficiles à
évaluer pour les abeilles solitaires.
Parmi les facteurs les mieux connus:
il y a les ennemis naturels, d'une part les prédateurs
directs (oiseaux, libellules, certaines guêpes) et d'autre
part les parasitoïdes, dont les mouches Conopidae, les
abeilles et les guêpes coucou.
-
il y a les pathogènes propagés par l'élevage commercial.
-
La circulation mondiale des organismes et la promiscuité
dans les élevages favorisent la propagation des maladies.
Un fungus ainsi propagé serait largement responsable du
déclin de 4 espèces de bourdons. L'utilisation croissante
de bourdons commerciaux met les espèces sauvages en
péril.
il y a les changements climatiques qui modifient les populations d'organismes (nouveaux compétiteurs et préda-
teurs), affectent leur synchronisité, changent le niveau d'eau et modifient la disponibilité de la nourriture. Les
changements climatiques modifient déjà la valeur alimentaire des fleurs. Selon un étude (Ziska, L.H.et al. 2016), il
y a une forte corrélation entre l'augmentation du CO
2
athmosphérique et la diminution du contenu en protéines
du pollen de verge d'or (Solidago canadensis). Une étude récente (mai, 2018) vient de demontrer que l'augmen-
tation de CO
2
altère également la valeur nutritive du riz, l'aliment de base dans de nombreux pays. Il est proba-
ble que la valeur nutritive de d'autres cultures soient aussi altérée.
-
Abeille cotonnière ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Domaine public
.
il y a la compétion avec les espèces introduites. En
Amérique du Nord, il y a 30 espèces d'abeilles étrangères, la
plupart introduites accidentellement. Leur impact est
variable, mais elles compétitionnent pour des sites de nidi-
fication et des resssources florales qui se raréfient. Elles
offrent un service de pollinisation préférentiel aux plantes
introduites, parfois envahissantes. Certaines ont un com-
portement agressif, comme l'abeille cotonnière (Anthidium
manicatum) qui défend "ses" plantes à fleurs de toute
intrusion. Équipés d'épines au bout de leur abdomen, les
mâles, non seulement réduisent la disponibilité alimentaire,
mais peuvent aussi déchirer les ailes et blesser les intrus.
-
Les abeilles indigènes sont incapables de parcourir de
longues distances à la recherche de nourriture. Elles sont
confinées à des territoires où les ressources sont souvent
inadéquates. L'impact de l'arrivée d'une ruche d'abeilles
domestiques est considérable, car on a calculé que la ruche
typique consomme, pour les mois de juin, juillet, août, les
ressources de 100 000 abeilles solitaires.
Les abeilles les plus vulnérables à cette compétition sont les
abeilles indigènes spécialistes, dont la survie dépend d'un
éventail étroit de plantes, ainsi que les gynes (femelles
destinées à devenir reines) des bourdons qui doivent
impérativement "s'engraisser" pour survivre à l'hiver.
©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Facteurs nuisant aux abeilles indigènes 1
Abeilles et bourdons Page 17
Les abeilles sont très sensibles aux pesticides, même aux pesticides d'origine naturelle, comme la pyréthrine.
Le rôle des pesticides dans le déclin des abeilles est bien documenté.
Une banlieue par futureatlas.com, licence (CC BY 2.0), via Flickr. Photo recadrée à partir de cette adresse
Le facteur primaire qui menace la survie des abeilles indigènes est la disparition des habitats. L'utilisation
humaine des terres, qu'elle soit minière, commerciale, agricole ou résidentielle fait disparaître d'immenses
territoires. La fragmentation des habitats, combinée à la faible mobilité des abeilles indigènes, favorise la
consanguinité et mine la vigueur des populations.
Les changements à petite échelle, sur chaque terrain résidentiel, jouent aussi un rôle important: implantation
abusive de pelouses inutiles, élimination des sites de nidification, retrait d'arbres, de vieux bois ou de souches,
implantion de plantes exotiques non diversifiées en remplacement des plantes locales. Ces habitudes
culturelles sans raison d'être sont dangereuses pour la suite du monde.
ON NE PEUT PAS REMPLACER LES ABEILLES PAR DES
MICROROBOTS, OU DES IPOD, OU DES APPLICATIONS,
NI RIEN D'AUTRE. LA SURVIE DE L'HUMANITÉ EST
TOTALEMENT DÉPENDANTE DES INSECTES.
Sam Droege, USGS honey bee expert, dans cet article
Facteurs nuisant aux abeilles 2
Abeilles et bourdons Page 18
Bugguide
https://bugguide.net/node/view/15740
Sawflies Among Us (Family Tenthredinidae)
À partir de l’adresse <http://uwm.edu/field-station/sawflies-among-us/>
About bees, wasps and ants
À partir de l’adresse <http://www.bwars.com/content/about-bees-wasps-and-ants-british-and-irish-aculeate-hymenoptera>
Gasteruption
À partir de l’adresse <http://tolweb.org/Gasteruption/25832>
How to Attract Native Bees to Your Organic Garden
À partir de l’adresse <https://www.motherearthnews.com/organic-gardening/gardening-techniques/how-to-attract-native-bees-
zm0z13aszkin>
Parasitized Bees Are Self-medicating in the Wild, Dartmouth-led Study Finds
À partir de l’adresse <http://www.sciencenewsline.com/summary/2015090214370009.html>
Guide to Bumble Bees of the Eastern United States
https://www.fs.fed.us/wildflowers/pollinators/documents/BumbleBeeGuideEast2011.pdf
Bee Basics An Introduction to Our Native Bees
https://www.fs.fed.us/wildflowers/pollinators/documents/BeeBasics.pdf
Bumblebee Buzz Literally Makes Flowers Explode With Pollen
À partir de l’adresse <https://news.nationalgeographic.com/2017/02/honeybees-honey-insects-pollen-agriculture/>
Seasonality of salt foraging in honey bees (Apis mellifera)
À partir de l’adresse <https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/een.12375>
Solitary bee abundance and species richness in dynamic agricultural landscapes
À partir de l’adresse <https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0167880911002118>
Carbon dioxide (CO
2
) levels this century will alter the protein, micronutrients, and vitamin content of rice
grains with potential health consequences for the poorest rice-dependent countries
À partir de l’adresse <http://advances.sciencemag.org/content/4/5/eaaq1012>
Références: sites internet
Abeilles et bourdons Page 19
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Insects: Their Natural History and Diversity With a Photographic Guide to Insects of Eastern North America.
Marshal, Stephen. 2007. Firefly Books
Bees: An Identification and Native Plant Forage Guide. Holm, Heather. 2017. Pollination Press, LLC.
Minnetonka, Minnesota.
Attracting Native Pollinators. SThe Xerces Society. 2011. torey Publishing, North Adams, MA.
Pollinators of Native Plants: Attract, Observe and Identify Pollinators and Beneficial Insects with Native Plants.
Holm, Heather. 2014. Pollination Press, LLC. Minnetonka, Minnesota.
What Good Are Bugs?: Insects in the Web of Life. Waldbauer, Gilbert. 2003. Harvard University Press,
Cambridge, London.
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https://archive.org/details/fp_Encyclopedia_of_Insects
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University). NCRS <https://archive.org/details/americaninsect00kell>
Pollinisateurs et plantes mellifères. Moisan-De Serres, Jacques, France Bourgouin, Marie-Odile Lebeau. 2014.
Guide d'identification et de gestion. Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec.
https://www.craaq.qc.ca/Publications-du-CRAAQ/guide-d_identification-et-de-gestion-pollinisateurs-et-plantes-melliferes/p/PAPI0102-PDF
Références: livres
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