Jardiner dans un
monde en mutation
3.
Invertébrés du jardin
(Les habitants 2)
préparé par Sylvie Machabée
Les Vivaces de l'Isle (vivaces.net)
Version 1.3, janvier 2019
© Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Invertébrés du jardin Page 1
Classification animale simplifiée. Image modifiée à partir Les invertébrés du jardin
d'un travail de Siyavula Education , licence (CC BY 2.0) , via Flickr
Mousse CC0 1.0 Domaine public
via Wikimedia Commons
Il semble, selon les fossiles, que les insectes soient issus des myriapodes
primitifs. À cette époque, les continents émergeants étaient parsemés de
mers intérieures peu profondes. Issues des algues primitives, les premières
plantes à coloniser la terre faisaient face à la sécheresse de l'air et à la nature
minérale du sol dénué de matière organique.
Sans constituants rigides pour les soutenir, sans racines et sans système
vasculaire, elles dépendaient des milieux humides. Petites et serrées les unes
contre les autres pour maintenir leur humidité, elles s'accrochaient aux
minéraux. Ces premières plantes sont les bryophytes dont les premiers fossiles
datent de 480 millions d'années (Ma). Parmi les représentants actuels, il y a
les hépatiques, les mousses et les sphaignes.
Avec le temps, ouvrant la voie à la vie terrestre, les bryophytes ont accumulé
des couches de matière organique au sol. Les premiers arthropodes et
insectes auraient été des détritivores. Mais déjà, à la fin du Dévonien, on
trouve les fossiles de nombreux autres arthropodes terrestres (acariens,
araignées, scorpions, etc.).
Les invertébrés
Invertébrés du jardin Page 2
Actuellement, les paléontologues donnent à Homo sapiens un âge d'environ 200 000 ans
Temps géologiques
Invertébrés du jardin Page 3
480 390 360 345 325 150 100 millons d'années
Évolution plantes-insectes Modifié à partir d'une illustration de L. Shyamal, licence (CC BY-SA 2.5) via Wikimedia Commons.
Des mutations surviennent dans l'ADN au cours du temps. À l'analyse, plus les gènes sont semblables plus les
espèces sont apparentées. En 2014, la revue Science publie les résultats d'un groupe de travail qui a comparé les
séquences de 1 478 gènes appartenant à 144 espèces d'insectes. (1)
Selon cette étude, les premiers insectes seraient apparus il y a environ 479 millions d’années, et auraient
commencé à se diversifier il y a 441 millions d’années. D'après l'analyse des pièces buccales, le passage du
régime détritivore au régime phytophage se fait très tôt, dès le Dévonien. Le rayonnement des insectes est lié à
celui des plantes qui colonisent la terre à cette époque. La diversification des insectes s'accentue avec le
développement du vol (324 millions d’années) et des processus de métamorphose complète qui ont permis une
très forte diversification d'insectes comme les papillons, les mouches et les guêpes.
Très tôt, grâce à la pollinisation, la nectarivorie ou la pollenivorie, certains ordres d'insectes ont fortement
influencé l'évolution et la diversification des plantes à graines. Des liens très anciens sont tissés entre les plantes
et les insectes. L'évolution des insectes et des plantes s'est faite de façon simultanée et interdépendante.
Insecte ancien dans un morceau d'ambre À partir d'une photo
de Manukyan Andranik, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons
On étudie la coévolution des insectes et des
plantes grâce aux fossiles. L'observation
des pièces buccales des insectes fossiles
permet de connaître leurs comportements
alimentaires. Il arrive que le contenu du
tube digestif de l’insecte soit conservé et
permette l'analyse de fossiles de pollen ou
de spores. Les dégâts sur les feuilles
fossilisées apportent également des
indices. Ces données paléontologiques sont
complétées par l’analyse de l’évolution
moléculaire de certains gènes
230 Ma
Coévolution plantes-insectes
Invertébrés du jardin Page 4
©Sylvie. Machabée (vivaces.net)_3839
Les relations entre les
plantes et les insectes sont
vieilles de plus de 450
millions d'années.
Elles sont nombreuses et
complexes. La relation la
plus connue est la
pollinisation.
On a longtemps considéré les
plantes à la limite entre le vivant et
le non-vivant. On sait maintenant
qu'elles bougent, mais à une autre
vitesse. Pour plusieurs aspects,
elles perçoivent l'environnement,
souvent bien mieux que nous. Il est
maintenant établi que les plantes
perçoivent et traitent l'information,
réagissent et interagissent. On
pense que les pointes racinaires
fonctionnent en réseau, comme un
ordinateur et joueraient un rôle
important dans la capacité des
plantes à traiter et à réagir aux
grands nombres d'informations
captées par leurs senseurs.
Les plantes communiquent entre elles. Grâce à la précision croissante des instruments de mesure, on découvre
de plus en plus leur nature communautaire et volubile. Ainsi, il est démontré qu'elles émettent des signaux
chimiques volatils qui permettent à leurs congénères des alentours d'enclencher les mécanismes de défense
contre les ravageurs, bien avant d'avoir été attaquées. La communication ne s'arrête pas à leur propre espèce; il
peut y avoir échanges de nutriments, au niveau des racines, entre différentes espèces.
Elles communiquent aussi avec les animaux, particulièrement avec les insectes qui perçoivent les composés
volatils.
Relations plantes-animaux
Invertébrés du jardin Page 5
Morphologie d'un coléoptère, par Bugboy52.40, licence (CC BY-SA 3.0), via
Wikipedia.
Les insectes sont des
invertébrés appartenant à
l'embranchement des
arthropodes. Chez les
arthropodes, les organes sont
supportés par une enveloppe
extérieure, non extensible,
appelée exosquelette.
Le corps des insectes est
typiquement divisé en 3
parties: l'abdomen, le
thorax et la tête.
L'abdomen est généralement
constitué de 11 segments, sans
appendices. Il est le siège des
fonctions biologiques. Chez la
femelle, il se termine typiquement
par l'ovipositeur qui peut être plus
ou moins apparent. Chez certains
insectes, il est modifié pour piquer
(abeilles, guêpes), et seules les
femelles en sont capables. On voit
aussi chez plusieurs insectes des
appendices terminant l'abdomen.
Ces appendices sont souvent des
senseurs.
Le thorax est divisé en trois sections
portant chacune une paire de pattes.
Les pattes (parfois absentes) sont
très diverses selon leur usage.
Le plus souvent, le thorax porte aussi
des ailes qui sont parfois très
modifiées. Il y en a deux paires. Chez
les mouches, la deuxième paire est
modifiée en une paire de stuctures
appelées haltères ou balanciers.
Ovipositeur très long d'une guêpe parasitoïde ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Appendices (cerques) à l'extrémité de l'abdomen
©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
ANATOMIE SOMMAIRE DES INSECTES
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©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Suceur-lècheur - Mouche
(trompe)
©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Suceur - Probocis de papillon
(trompe)
©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Broyeur-lécheur - Bourdon
(mandibules - langue)
Chez les insectes, les pièces buccales sont variées et déterminent
le type de nourriture qui peut être ingéré.
©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Les insectes ont généralement une paire d’yeux
composés et des yeux simples. Les yeux composés ont
des milliers de petites facettes. Ils sont plus ou moins
développés selon les insectes.
Les yeux simples sont appelés ocelles. Situés sur le
dessus de la tête, en trio, ils servent à capter les
variations de luminosité.
La tête porte les antennes qui
peuvent être variables et plus
ou moins complexes. Elles sont
les organes senseurs des
insectes. Elles leur permettent
de sentir, toucher, entendre et
percevoir les signaux
chimiques.
La tête d'un insecte
Invertébrés du jardin Page 7
Les insectes ont un corps segmenté
en trois parties principales : tête A, thorax B et abdomen C.
Anatomie d'un insecte © Piotr Jaworski (PiortM), licence (CC BY-SA 3.0) via Wikipedia
A- Tête
B- Thorax
C- Abdomen
antenne
1.
ocelle basse
2.
ocelle haute
3.
œil à facettes
4.
cerveau (ganglion cérébral)
5.
prothorax
6.
artère dorsale
7.
trachée
8.
mésothorax
9.
métathorax
10.
première aile
11.
seconde aile
12.
estomac
13.
cœur
14.
ovaire
15.
tube digestif postérieur
(intestin, rectum & anus)
16.
anus
17.
vagin
18.
cordon neural (ganglions
abdominaux)
19.
tubes malpighien
20.
coussinet
21.
griffes
22.
tarse
23.
tibia
24.
fémur
25.
trochanter
26.
tube digestif postérieur
(jabot, gésier)
27.
ganglion thoracique
28.
coxa
29.
glande salivaire
30.
ganglion sous-œsophagien
31.
mandibules
32.
© Piotr Jaworski, licence
(CC BY-SA 2.0)via Wikimedia
Les insectes ne respirent pas à l'aide de poumons, mais plutôt à partir
d'organes respiratoires appelés trachées (voir 8 sur schéma) qui ont une
ouverture directe vers l'air. Une contraction rythmique assure la circulation de
l'air dans l'organisme. À l'intérieur de l'insecte, les trachées se ramifient en
tubes de plus en plus fins qui conduisent l'air dans tous les organes.
L'hémolymphe (sang des insectes) n'est pas rouge car il ne transporte pas
d'oxygène et ne contient pas d'hémoglobine, ni de fer. L'hémolymphe, qui est
verdâtre ou jaunâtre, est présente dans la cavité générale où baignent les
organes. Elle sert essentiellement à acheminer les nutriments dans tout
l'organisme.
A- Tête
B- Thorax
C- Abdomen
Schéma insecte
Invertébrés du jardin Page 8
Œufs d'insectes ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Les insectes sont généralement ovipares. Les œufs sont
pondus en groupe ou séparement. Il y a quelques
vivipares, dont les pucerons. Certains insectes s'occupent
de leur progéniture dans les premiers temps.
Chez les insectes, l'enveloppe extérieure (exosquelette)
est non extensible. Pour grandir, les insectes doivent
changer d'enveloppe extérieure. Le stade entre deux
mues s'appelle un instar. Les insectes ont souvent 4 ou 5
instars.
Au cours de leur développement, les insectes se métamor-
phosent. Les métamorphoses sont grossièrement divisées
en 2 types.
La métamorphose simple qui a 3 stades (œuf, nymphe,
adulte). Les nymphes, sexuellement immatures et sans
ailes, sont généralement assez semblables aux adultes,
mais plus petites. Le dernier instar mue en adulte.
La métamorphose complète qui a 4 stades (œuf, larve,
pupe ou nymphe, adulte). Les larves diffèrent beaucoup
des adultes, dans leurs formes, habitats, et sources de
nourriture. Le dernier instar larvaire mue en pupe qui est
un stade dormant pendant lequel l'organisme sera
réorganisé et développera de nouvelles structures (ailes,
antennes, pattes, pièces buccales). L'adulte émergera de
la pupe. C'est le cas des papillons.
©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Mécoptère - mouche scorpion
©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
L'exuvie est l'enveloppe, devenue trop petite,
rejetée lors de la mue.
BIOLOGIE DES INSECTES
Invertébrés du jardin Page 9
Construit à partir des photos © Entomart
Quatre à cinq jours après la ponte, une petite larve sort de chaque
œuf. Les larves commencent à se nourrir de pucerons. Pour grossir,
elles vont muer (3) à trois reprises. Chacun des 4 stades larvaires dure
4-5 jours. Quand la larve atteint sa taille maximum (4e instar)(4), elle
s'immobilise et devient une nymphe. Généralement après quelques
jours, une coccinelle adulte sort de la nymphe.
1
2
3
4
Nymphe
Métamorphoses de la coccinelle
Invertébrés du jardin Page 10
©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Les insectes sont des habitants essentiels du jardin. Dans un jardin résidentiel, on pourrait
compter un millier d'espèces. Leur présence et leur diversité sont à encourager. Comme dans un
écosystème, plus la diversité des plantes et des insectes est grande, plus l'équilibre est facile à
maintenir.
Il y aurait plus d'un million d'espèces d'insectes dans le monde. Ils occupent tous les habitats, sauf
la mer. Après les plantes, ils sont à la base de tous les écosystèmes terrestres. Herbivores,
carnivores, ou se nourrissant des matières en putréfaction, leurs modes alimentaires sont variés.
En nombre et en diversité, ils constituent la plus grande partie de la faune. Ils deviennent eux-
mêmes la source essentielle de protéines pour une grande partie des animaux, dont près de 96 %
des oiseaux (non marins), qui en ont besoin pour eux-mêmes ou pour la croissance rapide de leurs
jeunes. À titre d'exemple, on a calculé qu'une nichée de mésanges à tête noire a besoin de 400 à
500 chenilles par jour.
Nous ne pourrions pas vivre sans les insectes. En plus d'être une immense source de nourriture, ils
pollinisent les plantes et sont essentiels à la survie d'une majorité d'entre elles. Notre production
alimentaire dépend en bonne partie des pollinisateurs. Au bénéfice des plantes et de nous tous,
les insectes décomposeurs ont un rôle clé dans le recyclage et la remise en circulation de la
matière animale et végétale morte. Les insectes jouent aussi des rôles dans la dispersion des
semences et la protection des végétaux. Ils participent à l'aération du sol, facilitant ainsi
l'absortion de l'eau et le réapprovisionnement des nappes phréatiques.
Les insectes prédateurs ou parasitoïdes (parasites qui tuent leur hôte) sont essentiels. Avec les
oiseaux, ils maintiennent les populations d'insectes herbivores à des niveaux d'équilibre. Ils sont
les fameux 'insectes bénéfiques' qu'on veut attirer au jardin pour protéger les légumes et les
plantes ornementales.
À peine 1 % des insectes peuvent être considérés nuisibles aux intérêts humains. Les problèmes
majeurs d'insectes ravageurs sont souvent liés aux monocultures qui favorisent grandement la
présence de ravageurs spécifiques, tout en réduisant les habitats nécessaires à leurs prédateurs.
Des problèmes sérieux apparaissent lorsque les ravageurs sont introduits de l'étranger et sont
donc sans prédateurs locaux.
RÔLE DES INSECTES
Invertébrés du jardin Page 11
Fourmi transportant une graine par l'élaiosome
par Benoit Guénard, licence (CC BY 4.0) dans Ants Sow the Seeds of Global Diversification in Flowering Plants
Points chauds de la diversité des myrmécochores (en noir) et
nombre de lignées végétales myrmécochores dans les
principales régions biogéographiques. Illustration tirée de
Ants Sow the Seeds of Global Diversification in Flowering Plants, (CC BY 4.0)
Les plantes utilisent différentes méthodes pour disséminer leurs semences. Ce peut être le vent, l'eau, des
mécanismes divers (de projection entre autres), ou le transport par les animaux (zoochorie). Dans la zoochorie,
les semences peuvent s'accrocher aux animaux de quelques façons, ou servir de réserve de nourriture et n'être
finalement pas consommées (comme avec les écureuils), ou offrir des réserves nutritives (fruits) pour être
ingérées et rejetées plus loin dans les déjections, ou utiliser le transport par les fourmis (myrmécochorie).
Dans la myrmécochorie, la semence présente une excroissance charnue, l'élaiosome, qui est riche en lipides et
en protéines. Les fourmis en nourrissent leurs larves avant de rejeter la graine, trop coriace pour être
consommée, dans un nouveau milieu où elle germera. La composition de l'élaiosome cible généralement une
espèce spécifique de fourmis. Lors d'une étude, les fourmis natives se sont montrés 50 fois plus efficaces à
disperser les semences de plantes natives, que les fourmis introduites.
Pour la dispersion des semences, l'élaiosome est moins coûteux que les fruits pour les plantes. Les Dicentra
(cœurs saignants) et les violettes sont des exemples de plantes ayant des graines avec élaiosome.
La myrmécochorie a évolué indépendamment au moins 100 fois. Elle est présente chez plus de 11 000 espèces
de plantes. C'est l'une des clé du succès des plantes à fleurs et un facteur important de leur diversité. La
myrmécochorie est un excellent exemple de l'importance du mutualisme (association avec bénéfice mutuel)
dans l'évolution (3).
La diversification extraordinaire des plantes au Crétacé et au Tertiaire a produit environ 250 000 à 300 000
espèces de plantes à fleurs et a profondément modifié les écosystèmes terrestres. Les animaux pollinisateurs ou
disperseurs de graines ont joué un rôle important comme moteurs de diversification des plantes à fleurs.
"
RÔLE DANS LA BIODIVERSITÉ
Invertébrés du jardin Page 12
Musaraigne morte et nécrophages
par Luis Fernández García, licence (CC BY-SA 2.5 ES) via Wikipedia
De nombreux organismes sont impliqués dans le recyclage de la matière organique. Le sol est le siège
principal de cette remise en circulation.
Les nécrophages ont un odorat très sensible qui leur permet de détecter les cadavres. Ils font partie des
nombreux invertébrés qui vivent dans la litière ou dans le sol dont ils maintiennent la fertili. Ils le font en y
entraînant de la matière organique et en participant à son aération. En plus de permettre les processus
biologiques, l'aération du sol est essentielle à l'absorption de l'eau nécessaire aux végétaux et au
réapprovisionnement des nappes phréatiques.
Les vers de terre sont bien connus pour leur travail du sol. C'est typiquement le cas dans les pays nordiques.
Dans les régions arides, où les vers de terre sont absents, les études confirment que les fourmis et les termites
ont des rôles similaires.
Dans les habitats chauds et secs, la présence de fourmis et termites augmente les rendements et favorise
l'infiltration de l'eau dans sol grâce aux nombreux tunnels creusés. La présence des termites augmente
également la présence d'azote dans le sol. Dans leur système digestif, les termites hébergent des bactéries
fixatrices d'azote semblables à celles des nodules des racines des légumineuses. Les fourmis et termites sont
importants pour le développement d'une agriculture soutenable dans les régions arides.
Vidéo à voir
Yacouba Sawadogo, l’homme qui a arrêté le désert
Au bénéfice des plantes
et de nous tous, les
insectes décomposeurs
ont un rôle clé dans le
recyclage et la remise en
circulation de la matière
animale et végétale
morte.
RETOUR À LA TERRE
Invertébrés du jardin Page 13
Apocyn chanvrin - Apocynum cannabinum
de SB Johnny, (CC BY-SA 3.0), via Wikimedia Commons
Les herbivores sont une immense
source de nourriture.
Ils ont aussi un rôle important dans le
contrôle des populations de plantes.
Chrysomèle de l'apocyn ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Un bel exemple de l'importance du contrôle des populations de plantes par les insectes est l'histoire des
cactus-raquettes en Australie. Ces cactus avaient été introduits en Australie, en 1788, pour la production du
carmin obtenu des cochenilles vivant sur les cactus-raquettes. Les cochenilles n'ont pas survécues, mais les
cactus, oui. En 1925, 243 000 km
2
de territoire australien avait été envahis par les cactus-raquettes qui
n'avaient aucun ravageur en Austalie. Suite à l'introduction du papillon sud-américain Cactoblastis cactorum,
dont la larve se nourrit de ces cactus, en moins de 6 ans la plupart des cactus d'Australie avaient été détruits.
Le papillon de nuit Cactoblastis qui a sauvé l'Australie a maintenant fait son chemin jusqu'au Sud de l'Amérique
du Nord, terre d'origine des cactus-raquettes, où il est devenu une menace pour les écosystèmes de cette
région. Cactoblastis n'a pas, dans cette région, les agents qui contrôlent sa population en Amérique du Sud.
Cette histoire illustre bien la dangerosité des migrations d'organismes à travers le monde et les risques que le
commerce international entraîne.
CONTRÔLE DES POPULATIONS
Invertébrés du jardin Page 14
©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Boutons de roses infestés de pucerons
2 semaines plus tard
,
©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
les larves de coccinelle sont au travail
Même appliqués à large échelle, les pesticides chimiques
n’ont pas réussi à réduire les pertes de récoltes durant les 40
dernières années (2).
Parce qu'en plus de tuer les ravageurs, ils tuent aussi les
prédateurs et les pollinisateurs.
1.
Parce qu'une résistance aux pesticides se développe
avec le temps.
2.
La résistance des insectes aux pesticicides est particulière-
ment fréquente et rapide dans les monocultures de plantes
génétiquement modifiées. Nullement choisies pour leur
robustesse ou leur résistance, ces plantes sont plutôt
sélectionnées pour leur bon fonctionnement avec les
herbicides et les pesticides. Parce que le marché des produits
chimiques et celui des semences appartiennent aux mêmes
intérêts, c'est un cercle vicieux, qui demande toujours plus de
pesticides obligatoires. Côté santé humaine, des liens ont été
établis entre les pesticides et les cancers, la maladie
d’Alzheimer, la maladie de Parkinson, les troubles
endocriniens, les troubles du développement et la stérilité,
entre autres.
Tous ces pesticides tuent un grand nombre d'animaux et
occasionnent une perte de biodiversité dangereuse et
moralement inadmissible. Il est aussi extrèmement périlleux
de laisser la cupidité et les intérêts financiers détruire les
espèces qui sont à la base des fonctionnements planètaires.
Le Rapport de la Rapporteuse spéciale sur le droit à l’alimen-
tation (ONU, 2017)(1) émet des inquiétudes concernant les
atteintes aux populations de prédateurs par les pesticides, car
c'est toute l'efficacité de la lutte naturelle aux ravageurs qui
est en péril. Les prédateurs ont un rôle inestimable dans la
protection des végétaux. Ils sont les principaux agents de
contrôle des insectes. Les ravageurs ne développent aucune
résistance contre eux. La prédation par les insectes sert
souvent à nourrir les larves. Les insectes chasseurs et
parasitoïdes adultes sont souvent des butineurs qui souffrent
de l'absence de fleurs et de la perte d'habitats.
Lorsque les plantes sont attaquées par un ravageur, elles
émettent souvent des composés volatils qui alertent les
plantes avoisinantes qu'une attaque est imminente. Les
.
plantes averties peuvent alors initier des mécanismes de défense avant d'être attaquées. Les prédateurs peuvent
souvent percevoir les signaux émis par les plantes et trouver ainsi leurs proies. Certaines plantes sont des chimistes
hors pair et les signaux émis peuvent être précisément formulés pour attirer le prédateur spécifique d'un ravageur.
Mieux encore, les chenilles qui se nourriront du feuillage peuvent dégager des composés volatils attirant encore
plus de prédateurs.
Les jardins peuvent offrir des habitats pour nombre de prédateurs naturels. En offrant les ressources et les abris
nécessaires, le jardin profite de leur protection. Liés à plusieurs facteurs, le temps de réaction des prédateurs est
variable (souvent de l'ordre de 2 à 3 semaines) et l'efficacité n'est jamais totale car les prédateurs disparaîtraient au
final. Mais dans un jardin "habitable" et diversifié, les problèmes sont peu nombreux et les populations de
ravageurs restent à des niveaux acceptables.
PROTECTION DES VÉGÉTAUX
-1
Invertébrés du jardin Page 15
Fourmi et 3 nectaires, recadré à partir d'une photo de
David Hill, (CC BY 2.0), via Flickr
Fourmis protégeant ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
"leurs pucerons" de l'attaque d'une coccinelle
On pourrait croire que l'élevage de pucerons, par les
fourmis, nuit aux plantes. Il semble que ce ne soit
pas nécessairement le cas. Elles seraient souvent en
meilleur état que leurs voisines, car les populations
des autres ravageurs sont contrôlées par les fourmis,
un net avantage lorsque ces ravageurs abondent.
©Sylvie. Machabée (vivaces.net)_1482
L'offre de nectar par les plantes ne se limite pas au
niveau des fleurs. Plusieurs plantes ont aussi des
nectaires extra-floraux. Ils peuvent se trouver sur les
tiges, les feuilles, les boutons floraux ou les fruits. On
trouve des nectaires chez des Prunus, aubépines,
viornes, peupliers, etc.
Le nectar offert est riche en sucres. Il sert à attirer des
insectes, comme les fourmis et les guêpes, afin de
bénéficier de leur protection contre les ravageurs.
Ce nectar est aussi typiquement pauvre en protéines,
de façon à obliger les insectes à chasser pour se
fournir en protéines.
Des études ont démontré que la protection par les
fourmis pouvait permettre une production de
semences ou de fruits, de 3 à 4 fois supérieure.
Chez-nous, la chenille de la livrée d'Amérique est un
important défoliateur du cerisier tardif (Prunus
serotina). À l'éclosion des œufs, lorsque les chenilles
sont assez petites pour être contrôlées par les fourmis,
le cerisier produit une abondance de nectar foliaire.
Les fourmis abondent jusqu'à ce que le chenilles
soient trop grosses pour les fourmis. À partir de ce
moment, le cerisier ménage ses ressources et la
production de nectar se ralentit fortement.
PROTECTION DES VÉGÉTAUX-2
Invertébrés du jardin Page 16
Les insectes prédateurs sont indispensables et
irremplables dans l'équilibre des populations
d'insectes. L'application continue et croissante
de poisons à la grandeur du monde n'est pas
une alternative. Elle ne peut mener qu'à la
destruction de notre biosphère.
Les prédateurs, qui sont fréquemment appelés
"insectes bénéfiques", sont souvent, à un
stade de leur vie, des butineurs complets ou
partiels. Ils n'ont généralement pas l'équi-
pement des butineurs spécialisés. Pour faire
chuter le nombre des ravageurs, on peut les
attirer avec des plantes dont le nectar est
facilement accessible. Ils préfèrent les petites
fleurs, comme c'est le cas pour les apiacées
(ombellifères) et beaucoup d'astéracées
(composées).
Les prédateurs sont nombreux (voir le Guide
des invertébrés du jardin), mais les plus
importants sont les guêpes, toutes parasi-
toïdes ou chasseuses. Tout un article leur est
consacré. Plusieurs mouches sont aussi
d'importants prédateurs.
LES TACHINIDÉS
Les larves des mouches de la famille des
tachinidés sont des parasitoïdes spécialisés de
nombreux insectes. Les mouches adultes se
nourrissent généralement du nectar des fleurs,
mais aussi parfois du miellat des pucerons. Les
mouches sont d'importants pollinisateurs de
certaines plantes, ou dans certaines situations
où les abeilles sont relativement peu nom-
breuses (par exemple en montagne ou en
situation ombragée).
L'apparence des mouches tachines est très
variée, mais elles ressemblent souvent à des
mouches de maison. Elles ont souvent le bout
de l'abdomen hérissé de poils et les ailes en
position un peu écartées au repos.
Récemment, Istocheta aldrichi, une mouche
tachine a fait son apparition au Québec. Elle
parasite et tue les scarabées japonais.
Un article lui est consacré.
Hystricia abrupta est une mouche ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
de la famille des tachinidés. Elle parasite les chenilles de la
famille des Arctiidae.
Petites guêpes prédatrices ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)_3571
se nourrissant de nectar d'astrance (ombellifère)
LES PRÉDATEURS ET LES PARASITOÏDES
Invertébrés du jardin Page 17
LES SYRPHIDÉS
L'abondance et la diversité des mouches
sont stupéfiantes. Beaucoup de mouches
jouent des rôles importants au jardin.
C'est le cas des syrphes, tout légers, qui
butinent et volent de manière
caractéristique, sur place comme des
hélicoptères. Plusieurs de ces petites
mouches inoffensives sont jaune et noir,
espérant ainsi tromper les oiseaux
inexpérimentés. On en voit plus à partir
de la mi-juillet, à une époque où les jeunes
oiseaux ont déjà fait connaissance avec les
guêpes et les abeilles et craignent de
toucher à un insecte de cette couleur. On
distingue les mouches des insectes
piqueurs, par leurs grands yeux, leurs
courtes antennes, leurs fines pattes, ainsi
que la présence d'une seule paire d'ailes.
Les plantes offrent pollen et nectar pour
être pollinisées, mais elles bénéficient
aussi de protection. Les larves de
plusieurs syrphes sont de féroces
prédateurs de pucerons. Ces mouches
pondent à proximité des colonies de
pucerons pour que leurs larves s'en
nourrissent. Elles peuvent manger jusqu'à
300 pucerons chacune et jouent un rôle
important dans le contrôle des
populations de ces derniers. Ces larves,
actives surtout de nuit, sont peu visibles.
Les petits syrphes sont du bonbon pour le
jardin!! Comme les autres mouches
butineuses, elles ont besoin de fleurs au
nectar facilement accessible.
Syrphe (mouche à fleurs) ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Larve de syrphe par Beatriz Moisset, (CC BY 3.0), via Wikipedia
Les syrphes
Invertébrés du jardin Page 18
©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
©Sylvie. Machabée (vivaces.net)_1842
LES DOLICHOPODES
Les dolichopodes sont une famille de
mouches (diptères). Il en existe de
nombreuses espèces. Elles sont souvent
métalliques, c'est pourquoi on les remarque
malgré leur petite taille. Elles sont vertes,
or, bleutées et même rouges avec parfois un
motif sur les ailes. Les anglophones les
appelent les "mouches à longues pattes"
(Long legs flies).
Ces jolies mouches sont certainement
bienvenue au jardin, car malgré leur taille
réduite, les dolichopodes sont presque tous
des prédateurs, autant au stage larvaire
qu'au stade adulte. Leur diète comporte de
nombreux petits organismes à corps mou. Ils
jouent un rôle important dans le contrôle de
nombreux insectes nuisibles.
La plupart des dolichopodes préfèrent les
milieux humides et chassent souvent à la
surface de l'eau (larves de moustiques,
puces d'eau, etc.). D'autres préfèrent les
environnements plus secs des fermes, des
champs et des jardins résidentiels. Minces,
légers, agiles sur leurs longues pattes, ils
parcourent rapidement les feuillages à la
recherche de nourriture (moucherons,
pucerons, mites, etc.). Certains autres
arpentent les troncs d'arbres à la recherche
de proies.
Selon les espèces, leurs larves sont
présentes dans les sols humides, la boue, la
matière organique ou en décomposition,
sous l'écorce, etc.
Les dolichopodes sont aussi réputés pour les
danses nuptiales que les mâles de plusieurs
espèces exécutent pour impressionner les
femelles ( voir le VIDEO).
Voir Poecilobothrus nobilitatus -
nuptial behaviour.ogv,
© Pristurus, (CC BY-SA 3.0)
29/12/2011, via Wikimedia Commons
Les dolichopodes
Invertébrés du jardin Page 19
Carabe ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)_6883
Mouche asilide
©Sylvie. Machabée (vivaces.net)_9394
Carabe ©Sylvie. Machabée (vivaces.net
Cicindèle ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)_0213
Libellule
La vie
d'insecte
est risquée.
Les
prédateurs
sont
nombreux
Luciole
©Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Punaise
©Sylvie. Machabée (vivaces.net)_1133
Autres prédateurs
Invertébrés du jardin Page 20
Araignée sauteuse ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)_3020
avec proie
Les araignées sont toutes des prédatrices et
sont parmi les animaux les plus utiles au
jardin. Elles sont aussi des proies pour
d'autres prédateurs, dont certaines guêpes.
Les araignées sauteuses ne tissent pas de
toile, mais chassent à pied, s'attachent à un fil
de soie et sautent sur leur proie. Elles ont des
parades de séduction très élaborées (voir
VIDEO). Des études faites auprès de certaines
espèces de cette famille (Salticidae) montrent
des capacités de mémoire et d'apprentissage
étonnantes. Elles se montrent capables
d'adapter leurs stratégies. Pour ce qu'on en
sait, les araignées sauteuses seraient parmi
les arthropodes les plus intelligents.
Araignée sauteuse ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)_3260
©Sylvie. Machabée (vivaces.net)_0795
Les araignées sont d'importants prédateurs
Les araignées
Invertébrés du jardin Page 21
1-Phylogenomics resolves the timing and pattern of insect evolution, Misof B. et al. (2014). Science, 346 :
763-767) À partir de l’adresse <http://science.sciencemag.org/content/346/6210/763>
2- Report of the Special Rapporteur on the right to food
http://www.refworld.org/docid/58ad94584.html
Rapport de la Rapporteuse spéciale sur le droit à l’alimentation
http://www.refworld.org/cgi-bin/texis/vtx/rwmain/opendocpdf.pdf?reldoc=y&docid=58ad94774
(3)-Ants Sow the Seeds of Global Diversification in Flowering Plants,
https://www.researchgate.net/publication/24422112_Ants_Sow_the_Seeds_of_Global_Diversification_in_Flowering_Plants?
_sg=Cwymwgl8s1wJCkYdFf0OmhN5VASHjRmaYb_A1qLJdgoZibfMLZQOXtoKNEtWgRMzCHwNJZ4onQ
Hexapods À partir de <https://projects.ncsu.edu/cals/course/ent425/library/tutorials/systematics_taxonomy/hexapods.html>
Comment... respirent les insectes ?
À partir de l’adresse <http://www.linternaute.com/science/biologie/comment/05/respiration-insectes/comment-respiration-
insectes.shtml>
Ants and termites increase crop yield in a dry climate
Nat Commun. 2011 Mar 29; 2: 262, à <https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3072065/>
Les insectes de nos jardins
https://www.insectesjardins.com/index.htm LIVRE COMPLET EN LIGNE
Espace pour la vie : Accueil - Se documenter
À partir de l’adresse <http://espacepourlavie.ca/se-documenter>
Les bestioles, insectes et animaux
À partir de l’adresse <https://www.bestioles.ca/>
Références
Invertébrés du jardin Page 22