Jardiner dans un
monde en mutation
2. Le sol
(Les habitants 1)
préparé par Sylvie Machabée
Les Vivaces de l'Isle (vivaces.net)
Version 1.2, mai 2018
© Sylvie. Machabée (vivaces.net)
Page 1
Pyramide alimentaire
par Thompsma, licence (CC BY 3.0), via Wikimedia Commons
PHOTOSYNTHÈSE
Soleil
6 CO
2
+ 6 H
2
O ------> C
6
H
12
O
6
+ 6 O
2
Gaz carbonique + Eau + Énergie = Glucose + Oxygène
(dioxyde de carbone)
RESPIRATION
C
6
H
12
O
6
+ 6 O
2
------> énergie + 6 CO
2
+ 6 H
2
O
Glucose + Oxygène = énergie + Gaz carbonique + Eau
(sucre)
À l'exception de quelques
bactéries, les végétaux sont les
seuls organismes capables de
produire leur propre matière
organique. Ils le font, à partir
simplement d'énergie solaire, de
CO
2
atmosphérique, d'eau et
d'éléments minéraux simples.
Ils sont autotrophes.
Le processus par lequel ils y
arrivent, est la photosynthèse. Les
cellules des feuilles renferment des
chloroplastes dont le pigment vert
(la chlorophylle) est capable de
capter l'énergie lumineuse. Cette
énergie sert à fabriquer des
molécules de sucre à partir du
dioxyde de carbone (CO
2
) capté
par les pores (stomates) de leurs
feuilles et d'eau (H
2
O) absorbée par
les racines. Les sucres produits par
la photosynthèse sont ensuite
distribués dans toute la plante.
Grâce à la respiration cellulaire, les
sucres serviront de source d'éner-
gie et de source de carbone pour la
biosynthèse de molécules comme
des protéines et des lipides. Le
carbone servira aussi à la formation
des tissus (ex: paroi de cellulose) ou
des réserves (ex: amidon).
Les végétaux ont un rôle irrempla-
çable sur terre. Ils sont les produc-
teurs primaires, à la base de la
chaîne alimentaire. Tous les autres
êtres vivants, incapables de syn-
thétiser leur propre nourriture,
doivent se nourrir des végétaux,
directement ou indirectement
(animaux ayant consomdes
végétaux), pour se fournir en
carbone nécessaire à la composi-
tion de leurs tissus et au fonction-
nement de leur organisme. Ils sont
hétérotrophes.
Les plantes ont tissé à travers des millions
d'années des relations complexes et
essentielles avec les autres organismes, dont les
microorganismes du sol.
Photosynthèse et pyramide alimentaire
Page 2
Les bactéries sont partout. Il y en aurait possiblement 5 millions d'espèces, chacune adaptée à des
conditions précises. En l'absence de ces conditions, elles entrent en dormance (spore, cyste) pour attendre
"leurs conditions". En nature, elles ne meurent que lorsqu'elles sont dévorées ou lors d'un changement
rapide qui ne leur donne pas le temps d'entrer en dormance.
Les champignons seraient plus d'un million d'espèces. Les levures sont adaptées aux conditions réduites
en oxygène, tandis que les champignons (oomycètes ou actinobactérium) qui produisent de longs filaments
blancs (hyphes) préfèrent des conditions aérobiques.
Mycelium de champignon par Kirill Ignatyev, licence (CC BY-NC 2.0) , via Flickr
Les bactéries et les champignons du sol peuvent être classés par groupes de fonctions :
les décomposeurs qui se nourrissent de composés carbonés, comme la litière végétale ou les exsudats
racinaires. Les bactéries sont meilleures à décomposer les molécules organiques simples,
comme les sucres et les protéines. Elles ont besoin de plus d'azote que les champignons et
préfèrent les rognures de gazon, le vert et les pelures. Les champignons, en contrepartie sont
plus efficaces pour les molécules complexes, comme la cellulose ou la lignine. Ils viennent
à bout de matériaux comme le papier, le carton et le bois.
les mutualistes coopèrent avec d'autres oranismes pour un bénéfice mutuel. C'est le cas des champignons
mycorhiziens et des bactéries symbiotiques qui s'associent aux racines des légumineuses.
les pathogènes qui s'attaquent aux plantes. Ils sont plus compétitifs lorsque l'habitat est faible en
oxygène et riche en nitrate. Ils affectent particulièrement les plantes stressées.
Les bactéries peuvent aussi être :
des lithotrophes qui ne tirent pas leur énergie du carbone, mais de d'autres composés comme
l'azote (un cycle où elles jouent un rôle important), le souffre ou le fer.
cyanobactéries qui, bien souvent, peuvent aussi fixer l'azote.
des photoynthétiseurs qui utilisent l'énergie solaire à la manière des plantes, comme les
Bactéries et champignons
Page 3
Champignon mycorhizien sur une racine, par André-Ph. D.
Picard, licence (CC BY-SA 3.0) via Wikimedia Commons
©Sylvie Machabée_7203
Nodules de bactéries sur des racines de légumineuse
Les champignons mycorhiziens sont des mutualistes, c’est-à-dire que l'association avec la plante implique un
bénéfice réciproque. La plante fournit de l'énergie, principalement sous forme de glucides (sucres). Avec cette
énergie, les champignons peuvent digérer de la matière organique, du bois et même de la pierre pour en tirer
des nutriments que la plante ne peut produire. Ils transportent et favorisent l'absorption par les racines
d'éléments minéraux du sol et améliorent ainsi la nutrition des plantes. L'association aux champignons profite
à la plupart des plantes, sauf aux plantes de la famille des brassicacées (crucifères: chou, brocoli, moutarde,
etc.) qui en souffrent. Certains champignons élaborent des substances (comme des antibiotiques) qui
combattent les pathogènes. Les mycorhizes ont besoin d'oxygène (aérobies). Elles fonctionnent au mieux dans
les sols riches en matières organiques et bien aérés.
Domaine public
Les bactéries symbiotiques fixatrices d'azote sont
des mutualistes. Elles peuvent libérer de l'azote
assimilable par les plantes, à partir de l'azote
atmosphèrique (N
2
) qui ne l'est pas. Les bactéries,
du genre Rhizobium, s'associent aux racines des
légumineuses. Elles pénètrent dans la racine qui
formera un nodule où les bactéries pourront croître.
La plante fournit aux bactéries un habitat, du
carbone et l'énergie nécessaire à leur
fonctionnement.
Au sein du nodule, les Rhizobium sont en mesure
d'effectuer une réaction chimique qui demande
passablement d'énergie et un environnement
pauvre en oxygène. Les conditions sont moins
idéales pour les bactéries fixatrices d'azote libres
dans le sol et le processus y est moins performant.
Les mutualistes
Page 4
Le jardin peut être un magnifique milieu de vie. Son sol est constitué de minéraux issus des
roches mères et de matières organiques. On y cultive des plantes, et pour cette raison, il devrait
abriter une belle diversité d’êtres vivants: des bactéries, cyanobactéries et archées, des
champignons (microscopiques ou non), des protozoaires et des nématodes, des membres des
familles des mollusques, des crustacés, des araignées, des insectes, des amphibiens, des reptiles,
des oiseaux et des petits mammifères, ….
1er niveau
Organismes
photosynthétiques
(plantes, lichens,
mousses, bactéries et
algues microscopiques…)
2e niveau
Organismes
décomposeurs,
mutualistes,
pathogènes et
rhizophages
(nématodes,
champignons, bactéries…)
3e niveau
Organismes
broyeurs, brouteurs et
prédateurs
(nématodes, protozoaires,
microarthropodes…)
4e niveau
Prédateurs
supérieurs
(arthropodes,
nématodes…)
5e niveau
Prédateurs
supérieurs
(musaraignes, taupes,
oiseaux…)
Le réseau alimentaire du sol par USDA - NRCS. Domaine public. Illustration légèrement modifiée
Le sol est un écosystème où différentes créatures vivent et interagissent. Ils sont les acteurs
essentiels des cycles qui rendent la vie terrestre possible. Leur diversité biologique est un
indicateur de stabilité et de qualité du sol. Plus la diversité des plantes est grande, plus le réseau
alimentaire du sol est grand.
On dit qu'une cuillère à thé de bon sol contient plus d'un milliard de microorganismes.
Le réseau alimentaire du sol
Page 5
La rhizosphère. Modifiée à partir d'une illustration de John E. Weaver, 1884-1966 [Domaine public], via Wikimedia Commons
Dans le sol, comme ailleurs, les organismes photosynthétiques (essentiellement les plantes)
supportent le reste de la chaîne alimentaire. En nature, les plantes utilisent 10 à 20 % des sucres
issus de la photosynthèse pour attirer des microorganismes autour de leurs racines. Les déchets
végétaux et les sucres offerts sous forme d'exsudats racinaires entrainent la formation d'une
zone, appelée rhizosphère, qui est sous le contrôle de la plante. La composition des exsudats
varie selon les espèces végétales, mais aussi selon le nombre et la sorte de bactéries ou
champignons à attirer.
Les plantes participent aussi à d'autres échanges, comme avec les champignons mycorhiziens.
Au total, ça peut être plus de 40 % des ressources qui sont utliisées. C'est dire combien ces
interactions sont importantes pour les plantes.
On connait depuis longtemps la valeur de la matière organique dans la culture des plantes.
Mais, ce n'est que depuis les dernières décennies qu'on commence à en comprendre les
processus et à en connaitre les acteurs.
Réseau alimentaire du sol: 1er niveau
Page 6
Microbes du sol par Pacific Northwest National Laboratory
via Flickr. licence (CC BY-NC-SA 2.0) . Photo recadrée
Bactéries et archées peuvent être confondues. Elles
se distinguent dans leur organisation cellulaire et
génétique. Ces êtres unicellulaires sont les formes
de vie les plus anciennes sur terre; il y aurait
plusieurs millions d'espèces. Ces 2 groupes ont
développé un arsenal de capacités à décomposer
toutes sortes de substances.
Mycelium de champignon par Bob Blaylock,
via Wikipedia. Licence (CC BY-SA 3.0).
Les champignons ont la capacité de produire de
longs filaments (hyphes) capables de transporter
les nutriments sur de longues distances
Dans la rhizosphère, riche en nutriments, les microorganismes prolifèrent. Bactéries,
champignons, nématodes, microarthropes, etc. abondent. Bien que certaines bactéries ou
champignons puissent être des pathogènes, la plupart des bactéries et champignons présents
dans la rhizosphère sont des décomposeurs, aux capacités variées, qui sont attirés par les
exsudats racinaires et la matière végétale.
Les décomposeurs sont particulièrement efficaces à retenir les nutriments dans leurs cellules.
Ils agissent comme de véritables "sacs d'entreposage". Avec ce système, il n'y a aucune dévire de
nutriments; les nutriments restent dans la rhizosphère. Ce phénomène s'appelle
l'immobilisation des nutriments. Tous ces microorganismes en attirent de plus gros qui s'en
nourrissent. Ce sont leurs excrétions qui sont assimilables et qui serviront de nutriments à la
plante, qui module la rhizosphère en fonction de ses besoins, sans gaspillage.
Avec les fertilisants chimiques, c'est tout le contraire, seule une petite quantité d'engrais atteint
les racines, le reste est lessivé et va créer de la pollution qui affecte tout l'environnement,
jusqu'à la mer.
Réseau alimentaire du sol: 2e niveau
Page 7
Protozoaire cilié (Stylonychia putrina)
par Picturepest, licence (CC BY 2.0), via Flickr.
Amibe (protozoaire), (Amoeba proteus) par Cymothoa
exigua, licence (CC BY-SA 3.0), via Wikimedia Commons.
Les protozoaires sont des animaux unicellulaires sans chlorophylle. Il y en a un grand nombre d'espèces.
Ils mangent une quantité faramineuse de bactéties (6 tonnes/hectare)*.
Nématodes par snickclunk, (CC BY 2.0), via Wikimedia.
Microarthropode, Cristina Menta, (CC BY-SA 3.0) via Wikimedia Commons
Dans une cuillère à thé de bon sol, il y aurait 40 à 50
nématodes. Environ 20 se nourrissent de bactéries, 20 de
champignons, quelques uns d'autres nématodes et quelques
prédateurs. La plupart des nématodes sont bénéfiques. La
prévalence des nématodes dommageables serait liée à
l'agriculture qui perturbe les communautés du sol.
Les microorganismes qui se nourrissent des décomposeurs sont surtout des protozoaires et des nématodes.
Les nutriments qui excèdent leurs besoins alimentaires sont excrétés dans la rhizosphère où ils servent de
nutriments pour la plante. Les plantes obtiennent 85 à 90 % des nutriments requis grâce à la présence des
microorganismes. Le coût en sucres pour la plante est largement compensé par les bénéfices.
*
Pierre Davet - Vie microbienne du sol et production végétale p.66
Réseau alimentaire du sol: 3e niveau
Page 8
Cycle de l'azote par Johann Dréo (User:Nojhan) via Wikimedia Commons, licence (CC BY-SA 3.0).
L'azote (nitrogen en anglais) est essentiel à la vie. Il sert, entre autres, à la fabrication de l'ADN et des
acides aminés essentiels à l'élaboration des protéines. Les plantes sont la source d'azote des animaux.
Pour les plantes, l'azote est souvent l'élément limitant. Il est très abondant dans l'atmosphère, mais il n'est
pas accessible aux plantes sous cette forme. Les microorganismes ont un rôle essentiel dans la disponibilité
en azote et le maintien de la vie sur terre.
Certains organismes sont capables de briser les liens (N
2
) de l'azote atmosphérique (certains lichens,
algues, cyanobactéries et bactéries). Certaines bactéries fixatrices d'azote sont libres dans le sol, alors que
d'autres créent des relations symbiotiques avec des plantes ou autres organismes. C'est le cas des
bactéries Rhizobium qui colonisent les racines des légumineuses.
La voie principale d'approvisionnement passe cependant par la remise en circulation, par les décompo-
seurs, de l'azote présent dans les composés organiques. Avant d'être assimilable par les plantes, cet azote
doit être minéralisé par la chaîne des microorganismes. En présence de matière organique, les bactéries et
champignons décomposeurs se multiplient, décomposent la matière et emmagasinent les nutriments dans
leurs organismes. Leurs prédateurs, surtout des protozoaires et des nématodes vont ingérer trop d'azote
pour leurs besoins et excréter l'azote excédentaire sous forme d'ammonium (NH
4
), une source assimilable
par les plantes. Lorsque le sol est plus riches en bactéries qu'en champignons, il est plutôt alkalin, et
l'ammonium sera transformé en nitrates (NH
3
) par des bactéries nitrifiantes.
Dans les sols dominés par les champignons, le sol s'acidifie, et l'azote reste sous la forme NH
4
. Les sols non
perturbés hébergent plus de champignons que de bactéries. Les sols forestiers ont 10 fois plus de
champignons que de bactéries, tandis que les sols perturbés, comme les sol agricoles, ont autant de
bactéries que de champignons.
En général, les arbres, arbustes et plantes vivaces préfèrent les sols dominés par les champignons, et
l'ammonium leur convient mieux. D'autre part, les plantes annuelles préfèrent les sols dominés par les
bactéries qui fournissent l'azote sous forme de nitrates.
Cycle de l'azote
Page 9
Collemboles par U. Burkhardt, licence (CC BY-SA 3.0) ©Sylvie. Machabée (vivaces.net)_0581
Via Wikipedia, à cette adresse
Protaphorura armata, une espèce largement répandue
Les collemboles, autrefois considérés comme
des insectes, ont maintenant leur classe à part,
les Collembola. Il y en aurait une centaine par
po
2
de bonne terre. Ils se nourrissent de
détritus, algues et microorganismes. Comme
les vers de terre, ils sont des indicateurs de la
bonne qualité des sols. Ils sont la nourriture
préférée des acariens prédateurs.
Trombidiidae,
Les Trombidiidae (mites) forment une famille
d'acariens couramment désignés sous le nom
d'araignées rouges. Certaines sont des rava-
geurs, beaucoup d'autres sont des parasites
d'arthropodes et de pucerons. Celle-ci, très
grosse, est un prédateur au stade adulte et un
parasite dans les premiers stade de sa vie.
Les nématodes et les protozoaires sont à leur tour mangés par des organismes plus gros, qui sont
à leur tour mangés par des plus gros.
Dans un réseau en santé, le milieu est saturé d'organismes bénéfiques.
Il y a peu de chances pour que les organismes pathogènes ou ravageurs s'établissent
et prolifèrent. Les plantes y sont en santé.
Réseau alimentaire du sol: 4e niveau
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Escherichia coli (E.coli) par Eric Erbe, colorization by C. Pooley
USDA-ARS EMU. Domaine public, via Wikimedia Commons.
Ver de terre par Natfot. Domaine public. Via Pixabay
10 000 µm = 1 cm
Pour éviter d'être lessivées, les bactéries produisent une substance collante qui leur permet de
s'arrimer et de s'attacher ensemble. Cette substance favorise aussi l'adhésion des petites
particules de sol en microagrégats. Le tout sera fermement lié ensemble par les hyphes des
champignons. Certains champignons communs exsudent une protéine collante, appelée
glomaline, qui colle les particules ensemble, favorisant l'agrégation du sol et la formation d'humus.
Le sol en santé grouille d'organimes. Toute cette circulation favorise l'aération du sol. Les vers de
terre, les larves d'insectes, les taupes, les musaraignes et même les limaces creusent le sol pour
trouver de la nourriture, ou pour se cacher. Chacun d'eux participe à la création d'ouvertures pour
le passage de l'eau et de l'air nécessaires aux plantes et aux microorganismes aérobies.
Parmi les organismes aérobies qui ont besoin d'oxygène pour vivre, il y a les décomposeurs qui
sont capables de réduire les matières organiques à leurs plus simples éléments, comme l'eau, le
carbone et l'azote.
Si les conditions d'aération du sol sont moins bonnes, les microorganismes dominants seront
essentiellement anaérobies facultatifs. Ceux-ci prennent le dessus lorsque la concentration
d'oxygène est faible. Ils participent à la formation de l'humus, mais produisent des composés
néfastes pour les plantes.
Les organismes anaérobies n'ont pas besoin d'oxygène pour vivre. Ils se développent le plus
souvent en l'absence d'oxygène. Ils produisent des substances très acides qui rendent les sols et
les eaux peu favorables à la vie. Elles produisent souvent du méthane, un important gaz à effet de
serre.
Texture et ration du sol
Page 11
L'agriculture conventionnelle fait grand usage de produits chimiques. Les pesticides tuent de nombreux ani-
maux non ciblés et une partie des organismes du sol; ils affectent la composition et la qualité des sols.
Des études démontrent que l'utilisation de fertilisants chimiques affecte aussi la qualité des sols. Les engrais
azotés stimulent les microbes du sol qui consomment la matière organique à une vitesse accélérée,
appauvrissant le sol en carbone (2). La diminution de la matière organique qui en découle entraîne aussi une
perte de capacité à retenir l'azote organique issu de la décomposition (voie principale d'approvisionnement
pour les plantes)(3). Le manque de rétention entraîne l'azote à polluer les mers, les eaux souterraines et
l'atmosphère (N2O, un gaz à fort effet de serre). Pour palier au manque d'azote, toujours plus d'azote
synthétique est requis et toujours plus de pollution et de problèmes en découlent. Les fertilisants, qui sont
des sels, irritent les vers de terre qui fuient la place.
Les plantes nourries aux engrais chimiques ne supportent plus les microorganismes de la rhizosphère. Les
populations de microorganismes déclinent de concert avec les ressources. La commaunité bactérienne se
modifie. L'impact négatif des engrais chimiques sur le carbone et la matière organique du sol, favorise la
présence de champignons pathogènes plutôt que celle des décomposeurs (1). Le sol perd particulèrement les
membres bénéfiques de la chaîne alimentaire. La formation d'humus, qui dépend de ces microorganismes,
s'arrête. Le sol perd sa fertilité et la texture grumeleuse qui permettait l'absorption de l'eau et le
réapprovisionnement des nappes phréatiques. Le sol se dégrade et se compacte. Il s'érode et part avec l'eau
non absorbée qui ruisselle. Les plantes souffrent de sécheresse et doivent être irriguées épuisant les nappes
phréatiques dont le réapprovisionnement est compromis. C'est une grave conséquence de l'utilisation
généralisée de l'azote synthétique, car une raréfication de l'eau est déjà prévisible avec le réchauffement
climatique.
Le travail de labour défait les agrégats du sol, brise les réseaux fongiques, décime les vers de terre et les
arthropodes. Il expose le sol à l'air et libère du CO
2
, ainsi que de l'oxyde nitreux qui sont des gaz à effet de
serre. La structure du sol décline, la communauté des organismes est affectée. Si le sol est laissé à nu pendant
des mois, ses habitants seront privés de leurs ressources. Certains pourront entrer en dormance, d'autres
mourront ou seront affamés. La nature de la communauté va changer.
La machinerie et les labours compactent les sol, créant des zones où l'eau s'accumumule. Le sol s'appauvrit en
oxygène. Bientôt les organismes aérobies sont remplacés par les organismes anaérobies dont le métabolisme
génère des produits toxiques, et occasionne des pertes de nutriments. Selon le "Rapport de la Rapporteuse
spéciale sur le droit à l’alimentation" de l'ONU, 2017 (3), l'agriculture industrielle met en péril la fertilité des
sols (entre autres) et est une menace à la production alimentaire future.
Pesticides par Zeynel Cebeci, licence (CC BY-SA 4.0), via Wikimedia commons
«L'homme est la plus folle des espèces.
Il adore un Dieu invisible et massacre la nature
visible ... sans se rendre compte que cette nature
qu'il massacre est ce Dieu invisible qu'il adore. »
- Hubert Reeves
Pesticides et fertilisants
Page 12
Carbone du sol par USDA (U.S. Department of Agriculture), licence (CC BY 2.0) via Flickr
50 % du poids sec des plantes est constitué de carbone d'origine athmosphérique. Plus il y a de plantes,
de forêts, plus il y a de carbone retenu. On focalise beaucoup sur les forêts, et avec raison, mais il faut
aussi favoriser le couvert végétal sous toutes ses formes.
Quand les plantes meurent, leur décomposition retourne environ 2/3 de ce poids dans l'atmosphère sous
forme de CO2. C'est le cycle du carbone. Le 1/3 restant deviendra de l'humus, un composé organique
durable, séquestré dans le sol. Même durant leur vie, les plantes perdent une partie de leurs racines, qui
meurent et qui restent dans le sol. Dans le cas de arbres, c'est profondement enfoui et séquestré à très
long terme.
L'utilisation par les plantes de 10 à 40 % des sucres produits par la photosynthèse pour des échanges
avec les organismes du sol génère de l'humus. Cette activité porte généralement le carbone à des
profondeurs souvent d'un mètre et plus. À travers ce processus, beaucoup de carbone fini dans le sol. Il y
restera pour longtemps. L'agriculture du carbone est une agriculture qui cherche à séquestrer un
maximum de carbone.
Prendre le carbone de l'atmosphère et le ramener dans le sol, où il appartient, est une solution peu
coûteuse, applicable partout, qui répond à de nombreux problèmes mondiaux et locaux graves. Cette
approche agroécologique permet d'améliorer la qualité de l’air, du sol, des eaux de surface et des eaux
souterraines. Selon le "Rapport de la Rapporteuse spéciale sur le droit à l’alimentation" de l'ONU (2017)
(3), il est essentiel de renoncer aux monocultures. Les systèmes diversifiés agroécologiques, tout en
éliminant du carbone atmosphèrique en toute sécurité, suffiraient à répondre aux besoins alimentaires
humains. Ils seraient plus avantageux et même plus rentables financièrement. Plus de ressources
devraient être accordées au développement de ces approches. Tout au contraire, la mainmise de
l'industrie sur le monde agricole s'accentue.
SÉQUESTRATION DU CARBONE
Page 13
En gros, le compost c'est un tas de matières organiques, dans un ratio de 30:1. Des matériaux riches en
carbone (30) et des matériaux riches en azote (1). (Pas besoin d’être précis, on cherche entre 25:1 et 30:1)
30 de matériaux riches en carbone
généralement secs et bruns (feuilles, paille, bois, copeaux, papiers, cartons, etc.)
pour
1 de matériaux riches en azote
génénéralement humides et verts (tonte de gazon vert, pelures, déchets alimentaires, etc.)
Il y a généralement assez de spores de bactéries dans l'air pour que le processus s'enclenche (1 seule
bactérie peut en produire 8 milliards en 13 heures). Dans un composteur neuf, on donnera un bon
départ avec une poignée de terre de jardin ou de vieux compost.
Garder légèrement humide. Mélanger et tourner régulièrement le compost pour fournir de l'oxygène
aux décomposeurs. Ça accélère le processus et minimise la production de méthane. Ça permet aussi au
compost de chauffer suffisamment pour détruire les graines de mauvaises herbes et les organismes
pathogènes. Il existe tout un choix de composteurs. Ils ne sont pas essentiels, mais ils permettent,
entre autres, de tourner le compost plus facilement et d'éviter la visite d'animaux non désirés.
Quand il est brun foncé, friable et sent bon, il est prêt. On l'applique généralement en couche de 1/4
po à 3 po d'épais.
Le compost peut remplacer le pallis, le terreau à semis et le terreau d'empotage à base de mousse de
tourbe. Pour un terreau d'empotage, utilisez 1/3 de compost, 1/3 de terre à jardin et 1/3 de sable
grossier. Éviter la mousse de tourbe, largement utilisée dans le terreau d'empotage. Les tourbières
stockent une quantité considérable de gaz carbonique qui est relachée dans l'atmosphère lors de
l'exploitation. Les tourbières sont également importantes pour la vie sauvage et la qualité de l'eau.
Faute de faire votre terreau, cherchez des produits sans tourbe.
Internet regorge d'informations sur le compostage. Pour les patenteux: The Ultimate Guide For DIY Compost Bins
Photo domaine public, (CC0 1.0), via Pixabay
COMPOSTAGE SIMPLE
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Jardinage en lasagne par naturalflow, licence (CC BY-SA 2.0), via Flickr
La terre n'est pas bonne?
Pour partir une plate-bande en lasagne, c'est facile. Il suffit de disposer sur le sol (à même le gazon ou sur
du journal ou carton), en les alternant, des couches de matériaux bruns, riches en carbone (comme de la
paille, des feuilles, des copeaux,…) et de matériaux "verts" (tontes, déchets verts, désherbage…), dans
un ratio 30:1, sur une hauteur de 40 à 50 cm. Attention au type de déchets alimentaires, ils pourraient
attirer certains animaux. Attention aussi au semences de mauvaises herbes. Couvrez d’une couche de
terre ou de compost dans laquelle vous pouvez semer et planter. Finalement, c'est une sorte de
compostage...
Les feuilles mortes
Selon l’Agence américaine de protection de l’environnement, les feuilles mortes représenteraient 13 %
des déchets solides nationaux américains. Dans les dépotoirs, elles ne servent à rien et émettent du
méthane, un puissant gaz à effet de serre.
Les feuilles mortes sont au contraire très utiles sur les terrains résidentiels. Déchiquetées par la
tondeuse, on peut les laisser en place pour fertiliser la pelouse. Leur retrait des plates-bandes et autres
zones de culture nuit aux insectes et aux amphibiens qui perdent leurs abris et leurs sources de
nourriture qui abondent sous les feuilles. Les feuilles enrichissent le sol pour les végétaux et servent en
même temps de paillis contre les mauvaises herbes.
Elles sont une immense ressource pour les habitants du sol et pour le compostage.
JARDIN EN LASAGNE
Page 15
Livres
Christopher, Thomas editor & contributors . 2011. The New American Landscape: Leading Voices on the
Future of Sustainable Gardening. Timber Press, Portland, London.
Marinelli, Janet. 2019. The Climate Conscious Gardener. Brooklyn Botanic Garden.
Toensmeier, Eric. 2016. The Carbon Farming Solution: A Global Toolkit of Perennial Crops and
Regenerative Agriculture Practices for Climate Change Mitigation and Food Security. Chelsea Green
Publishing. Vermont. USA
Lowenfels, Jeff & Lewis, W. 2010. Teaming with Microbes: The Organic Gardener's Guide to the Soil
Food Web. Timber Press; Revised edition.
Sites internet
1-Nitrogen fertilizer dose alters fungal communities in sugarcane soil and rhizosphere
À partir de l’adresse <https://www.nature.com/articles/srep08678>
2-The Myth of Nitrogen Fertilization for Soil Carbon Sequestration
À partir de l’adresse <https://www.researchgate.net/publication/5881474
_The_Myth_of_Nitrogen_Fertilization_for_Soil_Carbon_Sequestration>
3-Rapport de la Rapporteuse spéciale sur le droit à l’alimentation
http://www.refworld.org/cgi-bin/texis/vtx/rwmain/opendocpdf.pdf?reldoc=y&docid=58ad94774
Report of the Special Rapporteur on the right to food
http://www.refworld.org/docid/58ad94584.html
Synthetic Nitrogen Fertilizers Deplete Soil Nitrogen: A Global Dilemma for Sustainable Cereal Production
À partir de l’adresse <https://www.researchgate.net/publication/38054249
_Synthetic_Nitrogen_Fertilizers_Deplete_Soil_Nitrogen_A_Global_Dilemma_for_Sustainable_Cereal_Production>
Give roots a chance to do their job, says soil ecologist
À partir de l’adresse <https://www.manitobacooperator.ca/livestock/give-roots-a-chance-to-do-their-job-says-soil-ecologist/>
Cycle de l'azote
À partir de l’adresse <https://www.bio-enligne.com/fertilisation/203-cycle-azote.html>
La nutrition chez les végétaux -. Le cycle de l'azote
À partir de l’adresse <https://babel.cegep-ste-
foy.qc.ca/profs/gbourbonnais/pascal/nya/botanique/notesnutrition/notesnutrition4.htm>
The Microbial World: The Nitrogen cycle and Nitrogen fixation
À partir de l’adresse <http://archive.bio.ed.ac.uk/jdeacon/microbes/nitrogen.htm>
Beneficial effect of the rhizosphere microbial community for plant growth and health
À partir de l’adresse <https://popups.uliege.be/1780-4507/index.php?id=7578>
Du compost pour améliorer la séquestration de carbone dans les sols non cultivés
À partir de l’adresse <http://www.lombric-composteur.com/composterre/cms/18-65/ameliorer-la-sequestration-de-
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Références
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